Les pluies torrentielles qui ont frappé la région de Séville et de Cadix ont fait ressortir un phénomène géographique qui était resté caché pendant des millénaires. Le Lac Ligustinus, une vaste baie qui reliait autrefois ces deux provinces, montre à nouveau son visage grâce aux fortes précipitations des derniers jours. Cet ancien accident géographique, qui atteignait 60 kilomètres de large et s’enfonçait à plus de 100 kilomètres à l’intérieur des terres, a été partiellement ravivé par la nature, montrant comment l’eau peut récupérer ce qui lui appartient.
Pendant environ 6.000 ans, le Guadalquivir déversait ses eaux dans ce qui était connu sous le nom de Golfe Tartessique, une zone qui englobe actuellement le Bas Guadalquivir. Ce spectaculaire phénomène naturel nous rappelle que le paysage de l’Andalousie a été modelé par l’eau depuis des temps immémoriaux, lorsque la mer couvrait ce qui est aujourd’hui Séville.
La transformation du paysage andalou
La baie, qui s’étroite au niveau de Coria del Río et de Dos Hermanas, est témoin d’un processus de comblement qui a duré des millénaires. Les sédiments, entraînés par le Guadalquivir et les marées, ont créé les marais que nous connaissons aujourd’hui. Une étude de l’Université de Séville indique que la sédimentation était plus rapide dans le Lac Ligustinus, formant de petites îles qui, avec le temps, se sont réunies pour donner lieu à des terres émergées.
Bien que ce processus ait été lent au cours de l’histoire, les récentes inondations ont mis en évidence l’importance de ces changements géologiques. Comme le souligne l’expert José Ángel Ríos, “la nature récupère ce qui est à elle”. Cette réflexion prend une importance particulière en observant comment, sous les circonstances météorologiques actuelles, l’ancienne baie redevient une partie du paysage.
Ainsi, chaque fois qu’une goutte d’eau tombe dans cette région, l’histoire d’un lieu qui a continuellement changé est rappelée, et, après les pluies, nous offre un aperçu de son passé. La nature, dans sa sagesse infinie, nous enseigne que l’eau façonne non seulement le terrain, mais aussi notre perception de l’histoire.
